Qui est Éléonore d’Aquitaine ?

Mais Louis ordonne l’incendie du temple : bientôt les cris parviennent jusqu’à lui et le font rentrer en lui-même ; il ne comprend plus sa fureur ; il révoque ses ordres, presse les secours : il n’était plus temps ; le feu est maître des bâtiments ; il s’étend, il se propage, un vent furieux porte au loin les flammèches embrasées ; quelques heures à peine, et il ne reste de Vitry qu’un amas de pierres calcinées.

Lorsque la vieille reine traverse en plein hiver 1200 la France en tenant par la main Blanche de Castille, à la voir, appuyée sur cette jeune tige destinée dans les décrets de la Providence à pousser de si nobles rejetons, ne semble-t-il pas qu’elle vient militer son pardon, et qu’en donnant à la France cette reine excellente et cette mère accomplie, elle demande à la postérité d’oublier sa propre faute . Le pape Eugène III venait d’inviter les fidèles à une seconde croisade ; saint Bernard présenta au roi la délivrance des lieux saints comme l’expiation la plus conforme au rang et au pouvoir d’un roi pénitent.

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Aliénor couvrit son épaule du signe sacré ; des clercs distribuèrent les croix à la multitude : elles se trouvèrent bientôt épuisées, quelque soin qu’on eût pris d’en préparer un grand nombre. Le chancelier fit un discours pour exposer les motifs de Louis VII : « Il est inutile, dit-il, d’insister sur les chagrins du roi, et sur ce qui s’est passé en Palestine ; il n’est personne qui ne connaisse les bruits qui ont couru, et le roi, qui veut respecter l’honneur de cette grande princesse, ne doit pas approfondir la vérité des faits dont la certitude l’obligerait à déployer toute sa sévérité. Sans en faire une reine indépendante, Jean Flori reconnaît qu’elle a tenté d’exercer le pouvoir, ce qui est déjà exceptionnel pour l’époque ; qu’elle l’a fait de manière conjointe et limitée avec Louis VII ; et de manière discontinue et incomplète avec Henri II.

Aliénor d’Aquitaine, une santé de fer au Moyen-Age

Le chancelier a ce discours : « Il est inutile, dit-il, d’insister sur les chagrins du roi, et sur ce qui s’est passé en Palestine ; il n’est personne qui ne connaisse les bruits qui ont couru, et le roi, qui veut respecter l’honneur de cette grande princesse, ne doit pas approfondir la vérité des faits dont la certitude l’obligerait à déployer toute sa sévérité. Louis VI vivait encore, mais une maladie douloureuse et lente présageait sa fin, lorsqu’un courrier venu d’Aquitaine apporta à Béthisy le testament du duc Guillaume qui venait de mourir dans un pèlerinage à Saint-Jacques-de-Compostelle. Le 18 mai 1152, six semaines après l’annulation de son premier mariage, elle épouse ce jeune homme fougueux, futur Henri II d’Angleterre, onze ans plus jeune qu’elle, puis, couronnée avec lui, elle devient reine d’Angleterre le 19 décembre 1154.

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Je cherche des infos sur les filles de Louis VII et Aliénor d’Aquitaine, Marie et Alix, dates de naissances, lieu, date de mariage etc …si vous avez des infos n’hésitez pas à me les transmettre. Ces avertissements de son bon ange auraient eu pour but de faire éviter à Aliénor la rencontre de Geoffroy Plantagenêt, comte d’Anjou, qui voulait l’arrêter dans le dessein de l’épouser ; or, Aliénor avait formé le projet d’épouser Henri, duc de Normandie, frère de ce même Geoffroy.

Mais comme la mère de ce jeune prince, Constance, était duchesse de Bretagne et pouvait revendiquer la régence, Aliénor aima mieux favoriser l’usurpation de son dernier fils, Jean sans Terre ; assiégée dans Mirebeau par les troupes de Philippe-Auguste, elle fut délivrée par Jean. Ces chrétiens d’Orient, sans quitter absolument les coutumes européennes, ne pouvaient rester étrangers aux usages de l’Asie ; il résultait de là un mélange original et piquant qui donnait un caractère particulier aux fêtes, aux mœurs, aux habitudes.

Debout sur le bord de l’estrade, saint Bernard, vêtu de l’habit de Cîteaux, allait porter la parole ; il tenait une croix de bois à la main ; toute sa personne prêchait, si l’on peut s’exprimer ainsi, avant qu’il n’eût commencé, tant la sainteté de sa vie, qu’on lisait dans ses traits et dans sa contenance, disposait à croire à sa parole ; et quand cette parole se faisait entendre, forte, douce, véhémente, pleine de raison et d’enthousiasme, l’effet en était irrésistible. Aliénor y suivit son époux ; elle s’y montrait dans sa grâce souveraine ; Louis le Jeune avait oublié sa douleur, ou plutôt elle existait au fond de son cœur, pour augmenter son courage. Guillaume est mort depuis bien longtemps (à l’âge de trois ans), et les deux fils aînés (Henri et Richard) se chamaillent contre leur père: ils lui reprochent de ne pas leur laisser suffisamment de pouvoir.

A la voix du pape, il convoque une assemblée à Vézelay en Bourgogne, où archevêques, évêques, prieurs des monastères, tous les seigneurs, tous les chevaliers, les populations de provinces entières se retrouvèrent le 31 mars 1146. Sa lignée devient innombrable: Guillaume (1153), Henri (1155), Mathilde (1156), Richard (1157 – lui, c’est le futur Richard Cœur de Lion, le GENTIL), Geoffroy (1158), Aliénor (1161), Jeanne (1165), et Jean (1166 – lui, c’est le futur Jean sans Terre, le MÉCHANT). Mais cette reine ne manifesta jamais mieux à quel point elle était jalouse de l’autorité : ses discours rompirent l’alliance de Richard avec Alix de France, la sœur de Philippe-Auguste, fiancée dès l’âge de huit ans au roi d’Angleterre, et élevée sous les yeux de Henri II ; Aliénor accrédita les bruits les plus injurieux, et ne voulut point laisser monter sur le trône une femme dont le crédit déjà établi aurait pu balancer le sien.   Henri II tente  alors de faire dissoudre le mariage, jusqu’à la mort de Rosemonde de Clifford sa favorite, mais il ne réussira pas par la décision sans équivoque du cardinal Ugucione, nonce apostolique. Alors quand la troupe fait escale pour une dizaine de jours à Antioche (actuellement, à la frontière entre la Turquie et la Syrie) et qu’elle y retrouve son oncle chéri Raymond de Poitiers, Aliénor peut enfin souffler un peu. Sans attendre, Aliénor épouse de son côté Henri Plantagenêt (le nom de famille vient de ce que le père d'Henri, Geoffroy V le Bel, avait coutume de planter une branche de genêt dans son chapeau . Puis, avec plus de modération qu’on ne devait en attendre s’il n’eût pas été d’accord avec Aliénor, il ajouta : « A l’égard de la parenté, il est vrai, et la reine elle-même le reconnaît, qu’elle existe du quatrième au cinquième degré par femmes de la maison de Bourgogne ; la reine ne prétend pas le contester, mais sans doute elle préférerait s’unir au roi pour demander une dispense que de consentir à la séparation. Lorsque son fils Richard part en croisade en 1190, il s’arrête en Sicile où sa mère, chevauchant à bride abattue, réalise un « long et périlleux périple » pour venir le rejoindre : elle lui amène Bérangère de Navarre, sa future épouse.

Aliénor d’Aquitaine ou Éléonore d’Aquitaine

Reine d’Angleterre en 1154, lorsque la mort d’Etienne de Blois (dont le fils avait épousé en 1140 Constance, sœur de Louis VII) mit cette riche couronne sur la tête de Henri, Aliénor ne put déployer son génie altier que dans les scènes que sa fureur faisait essuyer à Henri II ; on la vit poursuivre et humilier les femmes qu’elle supposait plaire au roi. Briller dans les jeux ; se montrer dans l’appareil de sa majesté aux joutes, aux tournois ; monter gracieuse et hardie sur un noble palefroi ; écouter les chants des ménestrels ; s’asseoir sur un trône où elle régnait par sa beauté autant que par l’éclat de la majesté royale ; jouir de l’affection d’un époux qu’alors elle paraissait aimer ; ce n’était pas assez pour Aliénor ; elle souhaitait le pouvoir. Bienvenue dans la base des familles DARDENNE/THIBAUT – GIOT/PETIT – GOBERT/HENRIET – CHEVALOT/PIQUART – LAINE/ANTOINE – BRAUN/LEGRAND La famille DARDENNE récente est originaire du Pas-de-Calais, la famille GIOT des Ardennes françaises et belges, la famille GOBERT de la Meuse et de Belgique, la famille CHEVALOT de la Marne et les PIQUARD de la province du Luxembourg en Belgique. Louis VII souhaite engager son armée vers Jérusalem, mais Aliénor refuse de quitter son oncle et rappelle alors à son époux leur degré de consanguinité et qu’elle pourrait donc demander l’annulation de leur mariage. Le dernier acte politique de sa vie fut la négociation du mariage de Louis (futur Louis VIII), fils de Philippe-Auguste, avec Blanche de Castille ; elle-même avait voulu se charger d’aller à la cour d’Alphonse le Noble, conclure cette union et ramener la jeune princesse. Pendant la croisade que Richard et Philippe firent ensemble, après de graves sujets de mécontentement entre les deux rois, Richard déclara à Philippe qu’il lui rendait sa sœur, et il demeura à Palerme jusqu’à ce que sa mère lui amenât Bérengère d’Aragon, qu’il voulait épouser. Le reste de la vie d’Aliénor se trouvera avec plus de détails dans l’histoire des Reines d’Angleterre ; qu’il nous suffise ici de dire qu’Aliénor ne craignit pas d’intriguer même à la cour de Louis VII pour fournir des armes à ce fils rebelle ; elle l’encouragea à rechercher l’alliance de l’Écosse à la tête de quatre cents vaisseaux.

De ce mariage deux filles vont naître, Marie (1145-11 mars 1198), qui épouse en 1164 Henri Ier, comte de Champagne, dit « Le Libéral », et devient régente du comté de Champagne de 1190 à 1197 et  Alix (1150-1195), qui épouse Thibaud V de Blois dit « Le Bon » (1129-1191), comte de Blois 1152-1191. Ils ont deux filles, Marie de France (1145-1198), qui deviendra comtesse de Champagne de par son mariage avec Henri Ier le Libéral, et Alix de France (1151-1195), qui deviendra comtesse de Blois de par son mariage avec Thibaut V le Bon.

Ce qui est vrai, c’est que les soupçons du roi, son courroux, la légèreté de la reine n’avaient plus de bornes ; que le siège de Damas (la seule opération militaire de cette guerre), ayant été levé, tout ce long voyage, tout cet armement n’eut pour résultat que l’accomplissement du pèlerinage de Louis VII à Jérusalem. Deux mois plus tard Aliénor d’Aquitaine, libre, épouse le fringuant Henri, duc de Normandie, héritier du royaume d’Angleterre, qui possède déjà sur le continent français la Normandie, l’Anjou et le Maine : Aliénor lui apporte l’Aquitaine. La nouvelle reine Aliénor se montre parfaite : présente aux joutes et tournois, elle reçoit la noblesse, accueille et écoute les troubadours…tout en s’occupant seule de la gestion du duché d’Aquitaine. En écoutant la lecture de ce testament, le vieux Louis leva les yeux au ciel : « Je vous remercie, ô mon Dieu, s’écria-t-il, de me donner avant ma mort ce repos et cette consolation de laisser mon fils établi en puissance, et marié à l’héritière d’un si riche domaine qui va agrandir le beau royaume de France ». Elle va également chercher Bérangère de Navarre (fille de Sanche VI de Navarre, dit le Sage) et passe avec elle par les Alpes et l’Italie pour finalement rejoindre Richard à Limassol, sur l’île de Chypre, où Bérangère et ce dernier se marient.

A côté du roi siégeait l’abbé Suger dont la politique désapprouvait la croisade, mais dont le génie rassurait la France, car c’est à lui que Louis VII remettait en partant le soin de gouverner. La Reine mère conçoit le projet, agréé par Philippe-Auguste et Jean sans Terre, de marier l’une de ses petites-filles à l’héritier de Philippe-Auguste, de manière à sceller la paix une bonne fois pour toutes. Née au château de Belin près de Bordeaux, elle appartenait à l’illustre dynastie des ducs d’Aquitaine, son grand-père étant Guillaume le Troubadour, personnage truculent auquel elle ressembla. Elle est inhumée à Fontevraud où l’on peut toujours voir son gisant polychrome qui voisine avec ceux de son second mari Henri II Plantagenêt, de son troisième fils arrivé à l’âge adulte Richard Cœur de Lion et d’Isabelle d’Angoulême, l’épouse de Jean sans Terre.

[Elles ont fait l’Histoire #001] Aliénor d’Aquitaine, reine de France et d’Angleterre

Il a tout pour plaire à la riche héritière : un maintien annonçant sa haute naissance, des cheveux blonds doré, un regard doux, une adresse pour tous les exercices du corps, à l’aise à la cour, il a vingt ans. Il exprima hautement ses regrets : la mémoire de Suger, restée en bénédiction dans son abbaye, parmi les pauvres qu’il soulageait et les opprimés dont il avait soutenu les droits, est en honneur dans la postérité : son nom est inscrit à côté de celui des plus sages ministres, des hommes qui ont uni au plus haut degré, le savoir et la vertu, la probité et le talent. Profondément marqué par le drame de Vitry-en-Perthois et la sanction papale qui touche le royaume, Louis VII, à qui la jeune reine vient de donner une fille, annonce à Bourges, lors d’une assemblée tenue le 25 décembre 1145, qu’il participera à la deuxième croisade avec son épouse Aliénor.

Elle est probablement à l’origine de l’épisode des “Juifs de Blois”, au cours duquel, suite à une simple rumeur non suivie d’une enquête, une quarantaine d’israélites ont été condamnés à être brûlés vifs par le Comte, tandis que les survivants se réfugient à Orléans.

Il ne paraît pas qu’Aliénor fît rien pour la faire cesser ; le sage Suger (auquel le roi décerna à son retour le titre de père du peuple, tant il avait gouverné avec succès et bonté pendant ces quatre années), Suger, en entrant bien avant dans la confiance de son maître et de son roi, cherchait vainement à calmer ses chagrins ; il affirme dans ses écrits qu’il a protesté formellement contre le projet du roi, qui était de répudier sa femme ; mais Aliénor haïssait Suger autant qu’elle dédaignait Louis : « J’avais cru épouser un roi et non un moine », répétait-elle injurieusement pour faire allusion à la fois aux pratiques religieuses du roi son mari, et à sa déférence pour les avis du vertueux abbé de Saint-Denis ; son humeur ambitieuse et son esprit d’intrigue donnaient autant de peine au ministre que de chagrin au roi.

Henri II, suspectant Aliénor d’être à l’origine de la mort de son ancienne maitresse Rosemonde et à bout de patience, l’enferme en prison pendant seize ans, à Chinon, et dans divers châteaux en Angleterre. Cette délibération fut de courte durée ; car, « dès qu’on lui eût remontré continue l’historien, qu’elle était haïe du roi de France et qu’elle ne devait pas mépriser l’alliance d’un seigneur puissant, qui devait devenir roi d’Angleterre », la remontrance « la toucha soudain » et elle permit au duc de Normandie de venir la voir à Poitiers. net

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Et c’est ainsi que le 18 mai 1152, Henri Plantagenêt, futur Henri II d’Angleterre, la prend pour épouse… soit moins de deux mois après l’annulation de son précédent mariage.

    En ce temps où les lois étaient si incomplètes, il se commettait un grand nombre d’injustices ; les prisons renfermaient autant de captifs innocents que de criminels dignes de châtiments : la vieille reine avait tant souffert de sa captivité, qu’elle s’appliqua depuis à procurer toujours la délivrance des prisonniers. Ce n’était pas la première fois qu’Aliénor paraissait à la cour de Philippe-Auguste ; elle y était venue en 1199 pour lui prêter hommage comme duchesse d’Aquitaine ; elle n’y reparut point depuis les noces de Blanche. Tant que Richard vécut, l’autorité d’Aliénor ne faillit point ; elle sut employer tous les prestiges de l’esprit et de l’affabilité pour charmer les Anglais las du dernier règne : ils obtenaient par elle tout ce qu’ils désiraient de leur jeune roi, que sa valeur brillante rendait l’idole de la nation. Elle donna huit enfants à Henri II d’Angleterre : Guillaume, né en 1153 et mort en 1156 ; Henri le Jeune ou de Court-Mantel, né en 1155 et mort en 1183, qui épousa Marguerite, fille que le roi Louis VII eut avec sa deuxième épouse Constance de Castille ; Mathilde, née en 1156 et morte en 1189, mariée à Henri le Bon, duc de Bavière, et mère de l’empereur Othon IV ; Richard, né en 1157 et mort en 1199, qui devint roi d’Angleterre (son frère Henri étant mort) sous le nom de Richard Cœur de Lion ; Geoffroy, né en 1158 et mort en 1186, qui épousa l’héritière de Bretagne et fut père du malheureux Arthur ; Aliénor, née en 1161 et morte en 1214, mariée à Alphonse VIII roi de Castille dit le Noble, mère de Blanche de Castille ; Jeanne, née en 1165 et morte en 1199, qui épousa Guillaume II roi de Sicile, puis Raimon V comte de Toulouse, avant de devenir après la mort de ce dernier (1194) abbesse de l’abbaye de Fontevraud ; Jean sans Terre, né en 1166 et mort en 1216, qui devint roi d’Angleterre au détriment de son neveu Arthur.

    Toujours troublé de son remords, le roi, dans l’amour qu’il conservait pour Aliénor, se livrait à une inquiétude qui devenait facilement de la jalousie, car il voyait la légèreté de la reine ; mais la plaie, la grande plaie de son cœur c’était le souvenir de Vitry. Henri II Plantagenêt, beau et fougueux, de dix ans le cadet d'Aliénor, a le front de tromper celle-ci avec plusieurs courtisanes dont la plus célèbre, la Belle Rosamonde (Fair Rosamund), mourut mystérieusement empoisonnée.

    Dédaigneuse et folâtre, la reine paraissait insulter par sa gaîté à la tristesse de Louis : tant de légèreté choquait le roi ; bientôt les soins de Raimon parurent dépasser les égards d’un oncle et le respect d’un vassal ; la jalousie de Louis s’éveilla : Raimon lui demandait des secours contre le sultan d’Iconium. Guillaume de Tyr donne, quant à lui, une explication politique : Raymond de Poitiers aurait tenté de manipuler la croisade pour l’orienter vers le siège d’Alep et de Césarée, et aurait manipulé Aliénor pour qu’elle influence le roi. Dans ses lettres, saint Bernard en montre une vive douleur ; il dit qu’il a cru agir par l’esprit de Dieu, mais que les péchés des Croisés ont sans doute mis obstacle à l’accomplissement de l’entreprise. La guerre contre les châteaux occupa presque uniquement le règne des premiers Capétiens ; il fallait s’opposer à la puissance des seigneurs ; tous ces barons et tous ces comtes étaient souverains dans leurs domaines : non contents de guerroyer entre eux, ils faisaient un continuel abus de leur force ; brigands armés, ils fondaient sur les convois des marchands, comme l’aigle sur sa proie ; ils pillaient et rançonnaient à leur gré : en lutte toujours ouverte les uns contre les autres, il leur eût été honteux de poser les armes ; nous les voyons dans les récits des chroniques piller les terres des clercs comme celles du pauvre serf, mener boire leur cheval dans le baptistère d’une église, défier leur suzerain, et, le verre à la main, rire de la menace de l’excommunication. Aliénor d’Aquitaine est la fille aînée de Guillaume X, duc d’Aquitaine et comte de Poitiers, lui-même fils de Guillaume IX le Troubadour et d’Aénor de Châtellerault, fille d’Aymeric Ier de Châtellerault, un des vassaux de Guillaume X. La violence de cette douleur dura peu : promptement consolée, l’épouse répudiée de Louis le Jeune se trouva souveraine de grands domaines par la retraite des garnisons françaises que Louis VII rappela.

    Elle partage alors son temps entre l’Angleterre, la Normandie et ses terres d’Aquitaine, traversant la Manche dans un sens puis dans l’autre, infatigable, visitant les terres de son époux et les siennes, dispensant grâces et faveurs, administrant en véritable chef d’Etat. Sur l’ordre du pape, saint Bernard continue sa prédication ; il parcourt l’Allemagne, entraînant les populations ; convertissant, guérissant, édifiant ; renouvelant l’esprit de foi et de piété ; s’opposant courageusement à tous les excès ; les chrétiens voulaient massacrer les Juifs ; un moine sans mission en avait déjà donné le conseil et le signal. Louis VII se remarie et a la chance d'engendrer le futur Philippe Auguste, ainsi surnommé parce qu'il est né en août (21 août 1165) : il sortira la monarchie capétienne de la médiocrité et lui donnera le premier rôle en Europe.

    Larousse

    Il est vrai que ces déplacements incessants sont alors la vie quotidienne de tous les seigneurs et, plus encore, des rois qui vont d’une résidence à l’autre aussi bien pour y maintenir l’ordre et y rendre la justice que pour en consommer sur place les revenus.

    Quand Richard, au retour de la croisade, tomba aux mains de Henri VI du Saint Empire dit le Cruel, Aliénor hâta par son zèle la liberté de son fils ; nulle peine ne lui sembla trop grande : écrire à tous les nobles vassaux angevins, poitevins, aquitains ; prier, solliciter, envoyer ; parler elle-même ; faire, à soixante-dix ans, le voyage d’Allemagne, acquitter enfin les sommes exorbitantes que Henri VI exigeait, tout fut l’œuvre d’Aliénor.

    Quand le roi vit ce résultat d’un ordre insensé donné dans un mouvement de colère, il entra dans un désespoir morne ; il pleura sans consolation, il voulut revêtir le cilice de la pénitence, jeûner et apaiser ses remords par l’amertume de sa douleur. De riches dons à cette abbaye, des bienfaits sans nombre, des aumônes aux pauvres, les prières et le pénitence, tels furent les moyens par lesquels la femme de Louis VII, la veuve de Henri II, chercha un refuge centre les remords de sa vie. Mais pendant que l’intérieur de la maison de Louis VII se dessinait ainsi, il arriva un de ces événements qui influent sur toute la destinée par l’impression qu’ils laissent dans l’âme.    Héritière d’un vaste et riche duché, Reine de France à quinze ans par son union avec Louis VII en 1137, Reine d’Angleterre aux côtés d’Henri II Plantagenêt en 1154, Aliénor eut une vie particulièrement mouvementée, semée d’embuches, et s’éteignit à un âge extrêmement avancé pour l’époque : plus de 80 ans. L’archevêque de Bordeaux, chargé de porter la parole pour la reine, n’insista sur la première partie, que pour dire « que si on craignait de découvrir la vérité, il n’était pas juste d’adopter des soupçons contre l’honneur de la reine, et de fonder le mécontentement du roi sur des faits dont la preuve était douteuse ; cela est injurieux à l’honneur de la reine et à celui du roi son époux, dit l’orateur ».

    Furieuse, Aliénor fait des scènes à son époux, passant de la colère à la tendresse, entrainant même les enfants contre leur père, en leur fournissant des armes, en les poussant à s’allier avec l’Ecosse contre lui. Elle fait venir des troubadours et des trouvères, introduit de nouvelles habitudes alimentaires (les confitures) et vestimentaires (les couleurs vives et les décolletés échancrés sont mis à l’honneur) ; la jeune reine lance de nouveaux jeux de toutes sortes, transformant radicalement l’ambiance jusqu’alors un peu terne de l’entourage de Louis VII. Comme son fils la laissa libre de gouverner ses Etats d’Aquitaine et de Poitou qu’elle n’avait pas vus depuis si longtemps, elle se trouva heureuse de revoir ce beau ciel d’Aquitaine vers lequel sans doute s’étaient souvent reportées ses pensées quand des tristes fenêtres de sa prison, elle ne voyait que le ciel brumeux de l’Angleterre.

    Tandis que, dévoré d’inquiétude et de chagrin, ignorant le sort de la reine, pleurant son armée, Louis veille dans cet asile peu assuré, il est attaqué à la lueur des étoiles mais abat d’un coup de son épée la main du premier des sept ennemis ; la lutte s’engage terrible, acharnée ; elle dura quatre heures, pendant lesquelles le roi se défendit avec une valeur désespérée. En tout cas, elle le suit au cours de ses voyages s’il a besoin d’elle, le représente quand il ne peut se déplacer (à Londres fin 1158 et en 1160), sinon elle est tenue plus souvent dans les domaines Plantagenêt que dans les siens. Après une dernière visite à sa province chérie du midi, où la reportaient les souvenirs plus doux de sa jeunesse, alors qu’elle passait pour la « plus belle et la plus riche fleur d’Aquitaine », pour la « perle incomparable du Midi », et qu’elle reçut pour le première fois la visite de son premier époux, d’autres souvenirs sans doute l’engagèrent à abandonner le monde, à laisser à son petit-fils Henri III sa riche succession, et à venir à l’abbaye de Fontevraud, finir ses jours dans une retraite austère, où elle prit le voile malgré son grand âge. Louis le Jeune partit avec un cortège nombreux et magnifique, constitué, rapporte Suger qui l’accompagnait, de cinq cents nobles hommes avec Thibaut, comte du palais, Raoul, comte de Vermandois, etc.

    Il persuada Conrad III, empereur du Saint Empire romain germanique, de se croiser, disant que c’était là le miracle des miracles tant l’empereur avait d’abord apporté d’opposition à ce départ. Louis VII s’adressa au saint de Dieu pour calmer le tourment de son cœur déchiré ; Bernard lui montra le ciel comme la récompense d’une pénitence sincère ; il le releva à ses propres yeux, et, sans affaiblir cette terreur salutaire que faisait naître dans le cœur d’un roi le regret d’un abus de la toute puissance, le saint lui fit comprendre que le pécheur ne doit jamais désespérer de la miséricorde offerte à tous.

    Aliénor la scandaleuse reste la femme libre et séductrice, certes, mais avant tout la reine cultivée, imposant la richesse de la culture occitane à la brutalité des mœurs de la cour capétienne. Alors, quand ce dernier meurt à la suite d’un regrettable accident avec un cochon (oui, oui), le jeune Louis est bien obligé d’embrasser une carrière d’homme d’état….

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    C’est le premier fait divers de ce genre en France (il y avait eu un précédent en Angleterre quelques temps auparavant), mais il sera suivi de beaucoup d’autres, jusqu’à l’expulsion des Juifs du royaume par Philippe le Bel au début du XIVe siècle. Elle a juste le droit de s’occuper des huit enfants qui vont naître : Guillaume (1153-1156) ; Henri le Jeune (1155-1183) ; Mathilde (1156-1189) épouse d’Henri le Bon, mère de l’empereur Othon IV ; Richard Cœur de Lion (1157-1199) roi d’Angleterre ; Geoffroy (1158-1186) père d’Arthur ; Aliénor (1161-1214) épouse du roi de Castille, mère de Blanche de Castille ; Jeanne (1165-1199) épouse de Guillaume II roi de Sicile, puis Raymond V comte de Toulouse, devient abbesse de Fontevraud ; Jean sans Terre (1166-1216) roi d’Angleterre au détriment d’Arthur.

       Cette rébellion ouverte contre celui qui reste son maître lui vaut de longues années de captivité en Angleterre : elle est enfermée et déplacée dans des châteaux selon le bon vouloir d’Henri II. Mais, à peine a-t-on franchi la montagne, à peine Aliénor et ses dames se reposent-elles, assises sous un ombrage si rare dans le désert, les Sarrasins, cachés en embuscade derrière la vallée, paraissent tout à coup et enveloppent l’armée ; Aliénor n’échappe que par les efforts inouïs de ses chevaliers, et, quand le roi arrive, il trouve ses soldats en fuite ou défaits ; ceux qu’il amène, fatigués de la marche, obligés de combattre quand ils comptaient sur le repos, sont vaincus.